Articles - Des moutons & des hommes
1 2 3 4 5 »
Cet été, j’étais berger. A deux, nous gardions un troupeau de 1700 brebis dans les Alpes de
Haute-Provence. Cinq éleveurs et éleveuses rassemblés en groupement, qui envoient leurs bêtes à
2000 mètres d’altitude de fin juin à mi-octobre. Au final, les brebis ne dorment en bergerie que de
janvier à mai.
Les brebis nées avant 2006 portent à l’oreille une boucle en plastique qui indique le numéro
de l’exploitation où elles sont nées et leur numéro personnel. Idem pour celles nées en 2006, sauf
qu’elles portent deux boucles, une à chaque oreille, et que la numérotation a changé (1). Je savais
déjà qu’un jour il ne s’agirait plus d’un simple «bouclage», mais d’un dispositif électronique, peut-être
implanté sous la peau. Beaucoup d’éleveurs attendent cette réforme avec impatience, vu le côté
contraignant et inesthétique des boucles aux oreilles (les trous aux oreilles s’infectent fréquemment, la
numérotation des boucles a récemment changé et beaucoup d’éleveurs ne comprennent pas pourquoi
on les embête avec ces satanées boucles). Il paraît que les puces électroniques vont permettre d’en
finir avec ces boucles. Peut-être. En tous cas, cette réforme sera mise en place dans un an
seulement, en janvier 2008.
Un sujet monopolise toutes les discussions de bergers, toutes les conversations dans les
foires et les tee-shirts édités par les chambres d’agriculture. Ce sujet c’est le loup. Pourtant je crois
que ces puces devraient bien plus inquiéter les éleveurs. Parce que «mille milliards de mouchards»
(2) sont peut-être beaucoup plus dangereux que quelques gros prédateurs.
Je ne suis pas éleveur, juste un berger occasionnel. Peut-être que ça ne me concerne pas
directement. N’empêche, ça me tracasse. Je voulais vous expliquer pourquoi, alors j’ai pris le temps
d’écrire ce texte. Ne vous attendez pas à un catalogue de toutes les raisons de refuser ces puces : j’ai
simplement mis des mots sur mon refus.
L’identification électronique des animaux (domestiques ou d’élevage) consiste à associer à
chaque animal une puce électronique miniature. Il s’agit d’une puce électronique un peu particulière,
appelée «transpondeur RFID» (pour Radio Frequency Identification Device, du nom de la technologie
utilisée). A la différence d’une puce de carte bancaire ou de téléphone, pas besoin de coller le lecteur
contre elle pour lire les données : une puce RFID est lisible «à distance», de quelques centimètres à
plusieurs centaines de mètres. Souvent comparée à un code-barre amélioré, «il s’agit en fait d’un
minuscule ordinateur communicant, d’une puissance équivalente à celle des PC produits en 1985»
corrige Le Monde (3).
L’identification des carnivores domestiques (chiens, chats et furets) est obligatoire sous
peine d’euthanasie (4). En juillet 2001, deux arrêtés ont fixé les moyens d’identification : l’un pour le
tatouage classique, l’autre pour la puce électronique (implantée sous la peau). Pour les animaux
domestiques le puçage est donc possible, mais non obligatoire. On constate cependant que
l’identification électronique prend le pas sur le tatouage : en France 1,5 millions d’animaux
domestiques sont pucés électroniquement. Cela représente un animal sur deux. De plus, le nombre
de puçages augmente chaque année (200 000 en 2002, 500 000 en 2005). C’est le syndicat des
vétérinaires qui gère le fichier.
Mais alors, pour les animaux d’élevage ? Avec l’augmentation de la taille des troupeaux et
les scandales alimentaires récents (vache folle, grippe aviaire,…) la «traçabilité», s’impose comme
incontournable (5). La loi imposera bientôt aux éleveurs de pucer leurs bêtes, sous peine d’interdiction
de vente, comme aujourd’hui pour les boucles. Ainsi en janvier 2008 pour les ovins et les chevaux (6).
Les modalités de cette identification électronique ne sont pas encore fixées. «Différents supports de
ces transpondeurs ont été développés pour s’adapter aux diverses caractéristiques des animaux et
des produits consommés. La solution la plus simple en élevage consiste à intégrer un transpondeur
aux marques en matières plastiques traditionnelles placées à l’oreille des animaux et lisibles par
l’éleveur. Le second système, davantage utilisé pour les animaux de compagnie, consiste à injecter,
sous la peau de l’animal, le transpondeur intégré dans une enveloppe en verre ou en matière
plastique inerte.
Un troisième système, spécifique aux ruminants, est désigné sous le terme «bolus».
Le bolus est un cylindre en céramique (haute densité) de masse et de taille variables selon les
espèces qui est placé par intubation dans les pré-estomacs du ruminant où ils y restent séquestrés.
Enfin un quatrième système, utilisé chez les porcins, consiste à injecter un transpondeur dans la
cavité péritonéale. A terme, tous les animaux d’élevage de la Communauté Européenne devront être
identifiés par un des quatre types de support» (7).
1 2 3 4 5 »
Contre l’identification électronique des animaux et des humains
Cet été, j’étais berger. A deux, nous gardions un troupeau de 1700 brebis dans les Alpes de
Haute-Provence. Cinq éleveurs et éleveuses rassemblés en groupement, qui envoient leurs bêtes à
2000 mètres d’altitude de fin juin à mi-octobre. Au final, les brebis ne dorment en bergerie que de
janvier à mai.
Les brebis nées avant 2006 portent à l’oreille une boucle en plastique qui indique le numéro
de l’exploitation où elles sont nées et leur numéro personnel. Idem pour celles nées en 2006, sauf
qu’elles portent deux boucles, une à chaque oreille, et que la numérotation a changé (1). Je savais
déjà qu’un jour il ne s’agirait plus d’un simple «bouclage», mais d’un dispositif électronique, peut-être
implanté sous la peau. Beaucoup d’éleveurs attendent cette réforme avec impatience, vu le côté
contraignant et inesthétique des boucles aux oreilles (les trous aux oreilles s’infectent fréquemment, la
numérotation des boucles a récemment changé et beaucoup d’éleveurs ne comprennent pas pourquoi
on les embête avec ces satanées boucles). Il paraît que les puces électroniques vont permettre d’en
finir avec ces boucles. Peut-être. En tous cas, cette réforme sera mise en place dans un an
seulement, en janvier 2008.
Un sujet monopolise toutes les discussions de bergers, toutes les conversations dans les
foires et les tee-shirts édités par les chambres d’agriculture. Ce sujet c’est le loup. Pourtant je crois
que ces puces devraient bien plus inquiéter les éleveurs. Parce que «mille milliards de mouchards»
(2) sont peut-être beaucoup plus dangereux que quelques gros prédateurs.
Je ne suis pas éleveur, juste un berger occasionnel. Peut-être que ça ne me concerne pas
directement. N’empêche, ça me tracasse. Je voulais vous expliquer pourquoi, alors j’ai pris le temps
d’écrire ce texte. Ne vous attendez pas à un catalogue de toutes les raisons de refuser ces puces : j’ai
simplement mis des mots sur mon refus.
L’identification électronique des animaux (domestiques ou d’élevage) consiste à associer à
chaque animal une puce électronique miniature. Il s’agit d’une puce électronique un peu particulière,
appelée «transpondeur RFID» (pour Radio Frequency Identification Device, du nom de la technologie
utilisée). A la différence d’une puce de carte bancaire ou de téléphone, pas besoin de coller le lecteur
contre elle pour lire les données : une puce RFID est lisible «à distance», de quelques centimètres à
plusieurs centaines de mètres. Souvent comparée à un code-barre amélioré, «il s’agit en fait d’un
minuscule ordinateur communicant, d’une puissance équivalente à celle des PC produits en 1985»
corrige Le Monde (3).
L’identification des carnivores domestiques (chiens, chats et furets) est obligatoire sous
peine d’euthanasie (4). En juillet 2001, deux arrêtés ont fixé les moyens d’identification : l’un pour le
tatouage classique, l’autre pour la puce électronique (implantée sous la peau). Pour les animaux
domestiques le puçage est donc possible, mais non obligatoire. On constate cependant que
l’identification électronique prend le pas sur le tatouage : en France 1,5 millions d’animaux
domestiques sont pucés électroniquement. Cela représente un animal sur deux. De plus, le nombre
de puçages augmente chaque année (200 000 en 2002, 500 000 en 2005). C’est le syndicat des
vétérinaires qui gère le fichier.
Mais alors, pour les animaux d’élevage ? Avec l’augmentation de la taille des troupeaux et
les scandales alimentaires récents (vache folle, grippe aviaire,…) la «traçabilité», s’impose comme
incontournable (5). La loi imposera bientôt aux éleveurs de pucer leurs bêtes, sous peine d’interdiction
de vente, comme aujourd’hui pour les boucles. Ainsi en janvier 2008 pour les ovins et les chevaux (6).
Les modalités de cette identification électronique ne sont pas encore fixées. «Différents supports de
ces transpondeurs ont été développés pour s’adapter aux diverses caractéristiques des animaux et
des produits consommés. La solution la plus simple en élevage consiste à intégrer un transpondeur
aux marques en matières plastiques traditionnelles placées à l’oreille des animaux et lisibles par
l’éleveur. Le second système, davantage utilisé pour les animaux de compagnie, consiste à injecter,
sous la peau de l’animal, le transpondeur intégré dans une enveloppe en verre ou en matière
plastique inerte.
Un troisième système, spécifique aux ruminants, est désigné sous le terme «bolus».
Le bolus est un cylindre en céramique (haute densité) de masse et de taille variables selon les
espèces qui est placé par intubation dans les pré-estomacs du ruminant où ils y restent séquestrés.
Enfin un quatrième système, utilisé chez les porcins, consiste à injecter un transpondeur dans la
cavité péritonéale. A terme, tous les animaux d’élevage de la Communauté Européenne devront être
identifiés par un des quatre types de support» (7).
1 2 3 4 5 »
Note: Aucune note
Ecrit par: liberty, Le: 16/08/09















