Articles - MINIME INTRODUCTION AUX NANOTECHNOLOGIES
1 2 3 4 ... 6 7 8 »
Oublions un instant les applications dérisoires ou démoniaques des nanotechnologies : verres autonettoyants, "objets communicants", écrans extra-plats, Organismes Atomiquement Modifiés, microdrones et autres obus "intelligents". Les nanotechnologies, qui forment avec les biotechnologies, les sciences de l’information et les sciences cognitives, les technologies dites "convergentes" (NBIC), sont avant tout un projet de pouvoir. Ce projet né et développé au sein de la technocaste américaine vise la maîtrise des éléments et processus matériels de la vie dans toutes ses manifestations : humaines, animales, environnementales. Plus que d’eugénisme, c’est d’eubiologisme qu’il faudrait parler.
Aux États-Unis, l’empire technicien, les promoteurs des nanos clament leurs ambitions, dans la lignée d’Eric Drexler, l’auteur d’ "Engins de création"(Éditions Vuibert). En France, vieux pays de résistance, ils ne prétendent faire que de la science à but lucratif et militaire. Ainsi, au CEA de Grenoble, Françoise Charbit, directrice du projet NanoBio écrit à ses subordonnés : "Je ne pense pas qu’un scientifique normal, se reconnaisse dans les visions de Drexler." Pas de chance : Michel Lannoo, le très normal directeur du département "sciences physiques et mathématiques du CNRS", et l’un des principaux promoteurs des nanosciences en France, lâche le morceau dans son journal : "L’œuvre d’Eric Drexler m’a beaucoup influencé. J’ai acheté 25 exemplaires d’un de ses livres, Engines of creation, pour que chacun des membres de mon laboratoire le lise."1 Quitte à faire la fortune des Éditions Vuibert, nous aussi, nous ne saurions trop recommander au lecteur de prendre connaissance par lui-même du véritable projet des nanotechnologies, dont il est largement question ci-dessous.Selon l’opinion commune, c’est à Richard P.
Feynman (1918-1988), qu’il faut attribuer la première idée d’explorer et d’exploiter l’infiniment petit. D’origine juive, et en ayant souffert pour entrer à l’université dans l’Amérique antisémite des années trente, chef de la division théorique dans le Projet Manhattan, prix Nobel de physique 1965 pour ses contributions à l’électrodynamique quantique, il prononce en décembre 1959, une conférence intitulée "Il y a plein de place en bas", depuis considérée comme le texte séminal des nanotechnologies.
"J’aimerais décrire un domaine dans lequel peu a été fait, mais où il est possible, en principe, de faire énormément. Ce domaine n’est pas tout à fait comme les autres en cela qu’il ne nous en dira pas beaucoup sur la physique fondamentale (au sens de :" Que sont les particules étranges ?"), mais il ressemble davantage à la physique de l’état solide, en ce sens qu’il pourrait nous dire beaucoup de chose d’un grand intérêt sur les phénomènes étranges qui se produisent dans des situations complexes. En outre, point très important, il aurait un nombre considérable
d’applications techniques. (…) Pourquoi ne pourrions-nous pas écrire la totalité des24 volumes de l’Encyclopedia Britanica sur la tête d’une épingle ?"2
En fait, explique Feynman, aucune loi physique n’empêche de faire tenir la bibliothèque mondiale sur l’équivalent d’un cahier de 35 pages de l’Encyclopedia. Cette capacité de stockage d’énormes quantités d’informations dans des espaces infinitésimaux est bien connue des biologistes et explique comment toute l’information nécessaire à l’organisation d’une créature aussi complexe que l’homme peut être contenue "dans une minuscule partie de la cellule, qui a la forme d’une longue chaîne de molécules d’ADN dans laquelle une cinquantaine d’atomes sont utilisés par bit d’information relative à la cellule."
Feynman propose donc de prendre modèle sur "le merveilleux système biologique" où si infimes soient-elles, les cellules s’activent, stockent et utilisent de l’information, produisent des substances etc. "Considérez la possibilité que nous puissions nous aussi fabriquer une très petite chose qui fasse ce que nous voulons – que nous puissions manufacturer un objet qui manœuvre à ce niveau !" C’est à dire au niveau atomique."Je ne suis pas effrayé par la question ultime, celle de savoir si –dans un avenir lointain- nous pourrons agencer les atomes comme nous le voulons ; les atomes eux-mêmes, tout en bas de l’échelle ! Que se passerait-il si nous pouvions agencer les atomes un par un comme nous le voulons…" La première application de ces manipulations atomiques, qui vient à l’esprit de Feynman, c’est la miniaturisation des ordinateurs. Machines
théoriquement pleines de potentiel "si on pouvait les rendre plus complexes de plusieurs ordres de grandeur". "Le petit ordinateur dans ma tête" reconnaît facilement les visages malgré les changements d’angles et d’éclairage. Pour obtenir le même résultat d’une machine, il faudrait qu’elle ait "la taille du Pentagone". Outre les problèmes d’encombrement, de matériau, d’échauffement, et d’énergie consommée, la circulation de l’information d’un point à l’autre du système serait ralentie par son gigantisme de dinosaure électronique.
"L’information ne peut aller plus vite que la vitesse de la lumière et ainsi, en définitive, au fur et à mesure que nos calculateurs deviendront de plus en plus rapides, nous devrons les faire de plus en plus petits."
Autre possibilité. "…en chirurgie, il serait intéressant de pouvoir avaler le chirurgien. On place un chirurgien mécanique dans un vaisseau sanguin ; il va à l’intérieur du cœur et il examine les alentours. (Bien sûr l’information doit être transmise à l’extérieur.) Il identifie la valvule défectueuse, prend un petit couteau et la retaille. D’autres petites machines pourraient être incorporées de façon permanente afin d’assister un organe défaillant."
Mais comment fabriquer ces petits ordinateurs et ces micro-chirurgiens dont les pièces éludent nos doigts et nos regards épais ? Suggestion de Feynman. Il y a dans les usines atomiques des matériaux et des machines qu’on ne peut manipuler directement à cause de leur radioactivité. On utilise des jeux de leviers contrôlant des "mains" mécaniques. Pourquoi ne pas reproduire le même type de dispositif, en modèles toujours plus réduits et fonctionnant à l’électricité ?
1 2 3 4 ... 6 7 8 »
Aux États-Unis, l’empire technicien, les promoteurs des nanos clament leurs ambitions, dans la lignée d’Eric Drexler, l’auteur d’ "Engins de création"(Éditions Vuibert). En France, vieux pays de résistance, ils ne prétendent faire que de la science à but lucratif et militaire. Ainsi, au CEA de Grenoble, Françoise Charbit, directrice du projet NanoBio écrit à ses subordonnés : "Je ne pense pas qu’un scientifique normal, se reconnaisse dans les visions de Drexler." Pas de chance : Michel Lannoo, le très normal directeur du département "sciences physiques et mathématiques du CNRS", et l’un des principaux promoteurs des nanosciences en France, lâche le morceau dans son journal : "L’œuvre d’Eric Drexler m’a beaucoup influencé. J’ai acheté 25 exemplaires d’un de ses livres, Engines of creation, pour que chacun des membres de mon laboratoire le lise."1 Quitte à faire la fortune des Éditions Vuibert, nous aussi, nous ne saurions trop recommander au lecteur de prendre connaissance par lui-même du véritable projet des nanotechnologies, dont il est largement question ci-dessous.Selon l’opinion commune, c’est à Richard P.
Feynman (1918-1988), qu’il faut attribuer la première idée d’explorer et d’exploiter l’infiniment petit. D’origine juive, et en ayant souffert pour entrer à l’université dans l’Amérique antisémite des années trente, chef de la division théorique dans le Projet Manhattan, prix Nobel de physique 1965 pour ses contributions à l’électrodynamique quantique, il prononce en décembre 1959, une conférence intitulée "Il y a plein de place en bas", depuis considérée comme le texte séminal des nanotechnologies.
"J’aimerais décrire un domaine dans lequel peu a été fait, mais où il est possible, en principe, de faire énormément. Ce domaine n’est pas tout à fait comme les autres en cela qu’il ne nous en dira pas beaucoup sur la physique fondamentale (au sens de :" Que sont les particules étranges ?"), mais il ressemble davantage à la physique de l’état solide, en ce sens qu’il pourrait nous dire beaucoup de chose d’un grand intérêt sur les phénomènes étranges qui se produisent dans des situations complexes. En outre, point très important, il aurait un nombre considérable
d’applications techniques. (…) Pourquoi ne pourrions-nous pas écrire la totalité des24 volumes de l’Encyclopedia Britanica sur la tête d’une épingle ?"2
En fait, explique Feynman, aucune loi physique n’empêche de faire tenir la bibliothèque mondiale sur l’équivalent d’un cahier de 35 pages de l’Encyclopedia. Cette capacité de stockage d’énormes quantités d’informations dans des espaces infinitésimaux est bien connue des biologistes et explique comment toute l’information nécessaire à l’organisation d’une créature aussi complexe que l’homme peut être contenue "dans une minuscule partie de la cellule, qui a la forme d’une longue chaîne de molécules d’ADN dans laquelle une cinquantaine d’atomes sont utilisés par bit d’information relative à la cellule."
Feynman propose donc de prendre modèle sur "le merveilleux système biologique" où si infimes soient-elles, les cellules s’activent, stockent et utilisent de l’information, produisent des substances etc. "Considérez la possibilité que nous puissions nous aussi fabriquer une très petite chose qui fasse ce que nous voulons – que nous puissions manufacturer un objet qui manœuvre à ce niveau !" C’est à dire au niveau atomique."Je ne suis pas effrayé par la question ultime, celle de savoir si –dans un avenir lointain- nous pourrons agencer les atomes comme nous le voulons ; les atomes eux-mêmes, tout en bas de l’échelle ! Que se passerait-il si nous pouvions agencer les atomes un par un comme nous le voulons…" La première application de ces manipulations atomiques, qui vient à l’esprit de Feynman, c’est la miniaturisation des ordinateurs. Machines
théoriquement pleines de potentiel "si on pouvait les rendre plus complexes de plusieurs ordres de grandeur". "Le petit ordinateur dans ma tête" reconnaît facilement les visages malgré les changements d’angles et d’éclairage. Pour obtenir le même résultat d’une machine, il faudrait qu’elle ait "la taille du Pentagone". Outre les problèmes d’encombrement, de matériau, d’échauffement, et d’énergie consommée, la circulation de l’information d’un point à l’autre du système serait ralentie par son gigantisme de dinosaure électronique.
"L’information ne peut aller plus vite que la vitesse de la lumière et ainsi, en définitive, au fur et à mesure que nos calculateurs deviendront de plus en plus rapides, nous devrons les faire de plus en plus petits."
Autre possibilité. "…en chirurgie, il serait intéressant de pouvoir avaler le chirurgien. On place un chirurgien mécanique dans un vaisseau sanguin ; il va à l’intérieur du cœur et il examine les alentours. (Bien sûr l’information doit être transmise à l’extérieur.) Il identifie la valvule défectueuse, prend un petit couteau et la retaille. D’autres petites machines pourraient être incorporées de façon permanente afin d’assister un organe défaillant."
Mais comment fabriquer ces petits ordinateurs et ces micro-chirurgiens dont les pièces éludent nos doigts et nos regards épais ? Suggestion de Feynman. Il y a dans les usines atomiques des matériaux et des machines qu’on ne peut manipuler directement à cause de leur radioactivité. On utilise des jeux de leviers contrôlant des "mains" mécaniques. Pourquoi ne pas reproduire le même type de dispositif, en modèles toujours plus réduits et fonctionnant à l’électricité ?
1 2 3 4 ... 6 7 8 »
Note: Aucune note
Ecrit par: liberty, Le: 15/12/09















